«Un véhicule agressif et dangereux» PROFESSEUR CLAUDE GOT -
ACGIDENTOLOGUELES ÉTUDES AMÉRICAINES INDIQUENT qu'ils ont une aptitude à se retourner trois ou quatre fois supérieure aux berlines. Ce sont surtout des véhicules anormalement agressifs et dangereux. Peser 2 tonnes, voire plus, pour transporter quatre personnes, c'est anormal en termes de consommation d'énergie comme de sécurité... des autres. Face à une Twingo ou une Clio, il y a une telle asymétrie de poids que l'on sait à l'avance où seront les morts en cas de collision. En ville, la prolifération de ces engins polluants est une erreur manifeste. »
Voici une analyse très judicieuse de l'envolée du marché
automobile des 4x4. Une réaction de défense face à l'agressivité du monde de
la route. Cela ressemble bien à une surenchère permanente qui vise à
s'équiper de véhicules toujours plus lourds, plus hauts au mépris des autres,
sans se soucier de la pollution atmosphérique accrue, un bel exemple
d'égoïsme. Une réponse simpliste à des problèmes qui devraient être
résolus différemment:
- trop de camions sur les routes qui génèrent un sentiment d'insécurité
croissant
- des véhicules de plus en plus grands, tout comme les végétaux qui font une
course à la lumière en grandissant le plus vite possible, les automobiles pour
"exister" se doivent de suivre cette même loi de la jungle. Résultat
dans les véhicules les plus bas on ne voit plus au delà du pare-choc du 4x4
qui est devant vous, on ne peut plus anticiper les réactions des véhicules qui
précèdent en regardant au travers des véhicules, le danger s'accroît, le
cercle vicieux s'agrandit car cela décide plus de conducteurs à s'équiper de
4x4...
- plus on est placé haut moins on a la sensation de rouler vite. Plus la vue
est panoramique,moins on a l'impression de rouler vite. Plus la carrosserie est
importante, plus on a l'impression de se sentir en sécurité. Toutes ces
observations change le rapport à la vitesse, le pied est plus lourd sur
l'accélérateur. Il n'en reste pas moins qu'un choc à 70 km/h est mortel car
les organes internes explosent sous l'effet de leur poids apparent.
les 4x4 = dangers sur la route - reportage CBS News 3-12-2003
bridage des autos demandé au conseil d'état (Professeur GOT)
article de CHALLENGES n°219
Ces 4x4-là mangent plus volontiers du bitume que de la boue. Le sentiment de sécurité qu'ils procurent séduit une clientèle plutôt féminine.
C'est quand même la plus belle
contradiction automobile du moment. Le 4x4 à la mode est avant tout destiné à
rouler... en ville. Ce « SUV »,
comme disent les Américains - pour Sport Utility Vehicle -, est tout sauf
rapide (BMW X3 excepté) et ne quittera l'asphalte pour un chemin de terre qu'un
jour d'égarement. On
l'empruntera mille fois plus souvent pour faire les courses, chercher les
enfants à l'école ou rendre visite aux copines. En sept ans, le 4x4 « compact
» (tout de même plus gros que beaucoup de berlines...) a complètement
supplanté le « baroudeur », appelé aussi 4x4 classique, qui représentait en
1996 plus de 60% des ventes, contre 26% pour le « compact ». Sept ans plus
tard, les proportions se sont exactement inversées, avec 55221 immatriculations
de compacts l'an dernier sur un total de 92348 SUV. En France, le compact est
devenu le miel du coréen Hyundai comme du japonais Suzuki, mais aussi de
Toyota, quasi-créateur du marché en 1994 avec son RAV4, constitué à
l'origine de 60% de pièces pêchées dans d'autres modèles, ou de Nissan qui
cherche à le détrôner avec un X-Trail puissant
et astucieux.
Diesels moins gourmands. Cette explosion inattendue n'aurait pu avoir lieu sans celle du moteur Diesel. Celui-ci équipe 83% des 4x4 vendus en 2003. Le nouveau diesel a permis de réduire la puissance et la consommation des moteurs capables de pousser ces lourds engins. Suscitant la colère d'un accidentologue de référence comme le professeur Claude Got {lire son interview page 150) : « Les progrès du diesel, au lieu de diminuer la consommation de voitures à poids constant, servent à favoriser la vente de voitures déplus en plus lourdes. C'est là une dérive des constructeurs! » s'indigne-t-il. Selon lui, le poids des 4x4 justifierait une limitation de vitesse spécifique pour ces véhicules, selon le principe appliqué aux camions. Mais les camions et la crainte qu'ils inspirent sont justement une des raisons du succès du 4x4 compact, en particulier auprès des femmes. Même Christiane Cellier, qui a créé la Fondation Aime Cellier contre l'insécurité routière, tout en sachant que le poids et la dimension des 4x4 représentent un grave péril pour les voitures plus petites en cas de collision, a acquis un 4 x 4 compact. Pourquoi? Parce qu'elle s'y sent plus en sécurité quand elle se retrouve près d'un poids lourd. La prolifération menaçante des 38-tonnes sur les rocades ou sur les autoroutes a ainsi provoqué une totale inversion des valeurs automobiles. Hier, plus les fesses rasaient le bitume, dans le style Porsche, plus noble et sportive était la voiture. Aujourd'hui, des marques comme Nissan veulent inscrire dans le registre sportif des 4x4 au centre de gravité élevé et aux vitesses de pointe malgré tout limitées.
Les moteurs psychologiques de la
progression du SUV
des villes sont multiples et, comme souvent dans le domaine de l'automobile, de
l'ordre du rêve. Celui ou celle qui part
chaque matin au travail en 4 x
4 respire pendant quelques kilomètres un parfum dépaysant d'aventure, bien
qu'aucune piste ne mène à son bureau. Il ou elle pense pouvoir faire face à
tous les aléas climatiques, bien que le 4 x 4 ne soit en aucune façon l'arme
absolue contre une route inondée, ni contre le verglas, la neige fraîche ou
encore la glace en montagne. Attention à bien mesurer les limites de la
traction intégrale, qui dépend beaucoup de la nature des pneus, et qui ne
dispensera pas du recours aux bonnes vieilles chaînes dans les circonstances
les plus difficiles...
Prendre de la hauteur.
Sans oublier le besoin de plus en plus évident de se distinguer de la « masse
» automobile, voire de la dominer. L'invasion du monospace
en fut une belle démonstration. Le 4 x 4 bénéficie de certaines de ses
conquêtes : la position haute du conducteur, la vision panoramique, la
sensation d'espace. Mais il permet en même temps de s'en démarquer. Le marché
américain a connu avant le nôtre la même évolution, plus marquée encore,
avec cette différence que la traction intégrale s'y révèle
beaucoup plus utile que sous
nos climats tempérés. D'où la trouvaille du X-Trail
de Nissan, capable de rouler le plus souvent en traction normale et de passer
automatiquement en 4x4 quand, et seulement quand, l'état de la route l'exige.
Il serait toutefois intéressant de savoir combien de fois cela peut se produire annuellement dans une région comme l'Ile-de-Françe...
L'avance asiatique. C'est bien la raison pour laquelle les fabricants européens, absents du marché américain, ne se sont pas encore aventurés sur ce créneau. Inversement, la progression très forte de marques comme Toyota, Nissan ou Hyundai sur un marché français globalement en recul s'explique en partie par leur offre fournie de 4 x 4. Toyota, en particulier, a vu ses ventes de SUV progresser de près de 20% l'année dernière, et contrôle le quart du marché français des 4 x 4 avec 24 000 immatriculations. Grâce à son alliance avec Nissan, Renault devrait pénétrer l'an prochain sur ce marché, tandis que PSA continue de juger le ticket d'entrée trop élevé sans partenaire déjà qualifié. Ce qu'avait trouvé BMW avec son éphémère acquisition de Land Rover (revendu depuis à Ford). Il lui a emprunté sa technologie du 4 x 4 pour lancer une gamme parallèle à celle de ses berlines (X5, X3...), qui reste malgré tout dans le domaine du luxe. Mais, dans ce secteur où l'offre ne cesse d'accoucher la demande, on peut s'attendre à voir naître encore beaucoup de ces étranges et gros bébés. Ph. G.